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FORUM COMMUNAUTAIRE DES ILES SAINT PIERRE ET MIQUELON ET DE LEUR DIASPORA
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UNREAD_POSTPosté: Ven Déc 05, 2014 5:27 am 
VICE AMIRAL D'ESCADRE
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Rodrigue est l'épine dans le pied de Bernard, ce qui semble agacer prodigieusement ce dernier MDR.

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Claude Verreaux Lafargue


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UNREAD_POSTPosté: Jeu Déc 04, 2014 2:37 pm 
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http://saintpierremiquelon.la1ere.fr/20 ... 12500.html

La vérité "historique"... basée sur des faits EST la seule histoire VRAIE!

Mon sujet du Bac en 69!

Comparez l’objectivité en sciences et en histoire!!! Ben la ya une thèse a faire! ha!

Rodrigue garde son cool... Bernard s’envole... a Petaouchnoque!!!

Merci a RF1 pour la référence... :wink:

Le fait que Decre avoue que son bouquin n'est qu'un début... une ébauche... ou les "vérités" seront "corrigées" plus tard si il s’avère qu'elles sont fausses.... me fait sourire!

Achetez don' mon premier bouquin... mais le deuxième vous donnera des infos plus exactes... LOL

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André Lafargue
ON MOULIT PAS!


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UNREAD_POSTPosté: Lun Sep 22, 2014 10:04 am 
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La question qui se pose logiquement : peut-il y avoir encore des esprits soucieux d'objectivité désireux de financer de coûteuses recherches sur des données aussi hypothétiques. À moins que les motivations ne soient publicitaires. BD écris une fiction à épisode qui constitue un événement dont on parle. La mer est assez grande pour établir de nombreux programmes annuels.
Lier recherche du Ravenel et Recherche de l'Oiseau blanc avec des moyens aussi légers que ceux du Zéphyr ne me paraît pas techniquement sérieux. Les profondeurs accessibles aux moyens mis en œuvre ne sont pas celles où peut reposer le Ravenel.
La localisation de l'épave de notre chalutier est une opération certes difficile mais susceptible d'aboutir si on y met des moyens adaptés aux profondeurs et dimensions du plateau continental. Retrouver l'Oiseau Blanc aujourd'hui sans avoir la moindre indication de sa présence avant disparition, relève du miracle. Faire d'une pierre deux coups relève du fantasme.
Je ne fais qu'exprimer l'exercice de ma réflexion, parfaitement désintéressée et qui n'est liée à aucun des acteurs intervenant sur le terrain.

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Dieu est tout sauf incroyable. Guy Lévêque


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UNREAD_POSTPosté: Dim Sep 21, 2014 7:59 pm 
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En réponse à la prose de B.D. et avec fair-play malgré tout, je me permettrai une toute petite mise au point : ai-je critiqué les recherches concernant le Ravenel ? Non puisque l'Enquête vérité concerne la disparition de l'Oiseau Blanc.
J'ai simplement émis l'hypothèse que la population locale était peut-être plus intéréssée par la disparition du chalutier que par celle de l'avion. Qui fait un amalgame ?

Ben dit encore que des propos (pas les miens) sont irrespecteux envers nos aînés, mais surtout Joseph Lehuenen. Qu'il pose la question à la population de la « propension » de Djoe, telle que dénoncée à juste titre par Gaby à réécrire l'histoire : il sera fixé. Avec étonnement je ne comprend pas qu'il puisse s'insurger contre une telle réalité dans la mesure où il m'a déclaré lui-même « qu'on lui avait dit que D'joe l'maire était surtout un conteur, voire un fabulateur ».
Revenons si vous le voulez bien sur les conditions météorologiques en ce 9 mai 1927. Jamais je ne me suis présenté devant une caméra ou un micro en indiquant que j'étais le « Conservateur » de l'Arche. Que les journalistes se trompent ou trouvent plus intéressant de donner au montage un titre plus élevé à leur intervenant, c'est leur problème, mais je n'entrerai pas dans cette polémique : je me suis exprimé à titre professionnel et il est hors de question que le propos que je livre ici soit considéré comme tel. Tout particulier peut avoir accès aux relevés météorologiques de mai 1927. A moins d'être frappé d'Alzheimer (tout est possible), je ne pense pas avoir parlé de « bénévole » chargé de la météo. Ainsi que je l'indiquai encore dans le Gratteur Albinos, et je le dis encore aujourd'hui, nul ne peut se prononcer sur le temps entre les relevés entre 7 heures, midi et 19 heures : je ne peut donc être pris en défaut. 30 noeuds de noroît avec temps clair à chacun de ces relevés peuvent-ils annhiler la possibilité qu'il fasse calme plat avec brume masquée entre 9 et 10 heures du matin ? Que l'on pose donc la question à d'anciens pêcheurs en doris. Qu'on leur demande s'il restaient en mer, si tant est qu'ils soient sortis en pêche à 5 heures du matin et qu'il fasse déjà 30 noeuds à 7 heures. Tout calme à 5 heures, toute une pétuche avec ciel clair à 7 heures, tout calme avec brume entre 9 et 10 et re-pétuche avec re-ciel clair à midi et 19 heures... C'est un tantinet tiré par les cheveux, mais nous n'avons pas d'éléments probants. Attendons le jour où il fera 30 noeuds de noroît de 7 à 19 heures et soyons fixés : photographes amateurs, rendez-vous à Galantry !

Des questions demeurent sans réponse : si Lechevallier était en mer en ce fâmeux jour, où étaient les autres pêcheurs ? D'autres encore auxquelles Ben a oublié de répondre : où était Gaby Briant entre 9 et 10 heures du matin le 9 mai 1927 ? Où relève-t-on la preuve qu'un cadavre aurait été enterré en catimini dans un endroit « forcément tenu secret » moyennant pot-de-vin ? Quels sont les documents qui attestent que l'on se mettait un coup de pétard pour un regard de travers ?
Pourquoi me prononcerais-je sur le courrier du pêcheur qui pense que les gardes-côtes américains auraient peut-être été dans les parages « pour retrouver les restes de nos aviateurs » ? Parce que, ainsi que je l'ai dit à Ben, je n'ai pas vu ce document et que du reste ce n'est qu'une hypothèse, pas une preuve. Soyons farfelus jusqu'au bout et laissons-nous aussi aller à la romance : pourquoi ces gardes-côtes n'auraient-ils pas été là pour détacher à terre des embarcations pour faire le plein d'alcool ? Pourquoi, puisque « c'était magouille sur magouille », n'auraient-ils pas été là, ripoux à bloc, pour accompagner des convois vers les côtes américaines assurant ainsi leur protection contre les pirates, et moyennant commission bien sûr ?

Pourquoi encore, critiquerais-je les informations concernant la vision d'un vol d'avion au-dessus de Terre-Neuve ou la découverte d'épaves plus ou moins subtilisées ? Parce que, ainsi que je l'ai dit à Ben, je ne les ai pas vérifié parce que ce n'est pas mon enquête et que j'ai travaillé à partir d'informations locales. Notons tout de même que j'ai aussi parlé de « rumeurs » de découvertes du côté de Corner Brook.

A tout croire : Comment se pourrait-il qu'un bout de ferraille de grandes dimensions ayant pu appartenir à l'épave de l'Oiseau Blanc puisse se retrouver dans un casier à homard ? Fallait-il qu'il ait de sacrées pattes pour embarquer par une gueule qui fait quinze centimètres de diamètre. Enfin, pourquoi rechercher à deux milles au sud de Saint-Pierre un moteur et son hélice qui aurait été récupéré dans le secteur par un chalutier français et balançé à Feu d'bon Dieu ?

Ce qui semblerait assez logique aujourd'hui, étant donné que Ben montre les chicots, serait que les lecteurs de ces contre-vérités les diffusent le plus largement possible. Pour ma part, je les ai transmises aux autorités locales...
Amitiés,
Rodrigue Girardin.


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UNREAD_POSTPosté: Jeu Sep 11, 2014 9:22 am 
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Il y a effectivement un mélange des genres qui rend l'enquête BD peu crédible. Au lieu de réunir des éléments vérifiés et d'en tirer une conclusion ou des hypothèses logiques, notre Bernard échafaude une théorie comme un axiome qu'il s'évertue par la suite à étayer avec des éléments disparates.
Contrairement à ce qui est dit plus haut les vents d'ouest correspondent à la position d'un anticyclone qui ne fait pas des va et vient d'une heure à l'autre, il maintient un air sec et clair, sans possibilité de brouillard. Donc tout chancelle.
La base de son enquête est friable, le témoignage Lechevallier via Clème, via Joseph, via Émile, c'est du léger. Pour le reste les débris signalés sur les côtés américaines ne plaident pas pour un amerrissage près de SPM. Courants et vents s'y opposent.
Pas très sérieux tout celà.

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Dieu est tout sauf incroyable. Guy Lévêque


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UNREAD_POSTPosté: Mar Sep 09, 2014 10:33 pm 
QUARTIER MTR 1ere Classe
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"Je n'en veux à personne, et dans le fond, c'est bien de vous intéresser à cette belle histoire qui veut remettre à sa juste place un Héros de l'Aviation, un Héros véritable ambassadeur de notre pays aux USA dans les années vingt...vous ne croyez pas qu'on manque sacrément de héros en ce moment!"

L'hagiographie ne fait pas partie de l'histoire, si tout cela c'est pour créer des "héros" ... Non merci.

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Marc @lbert Cormier
Politique - Expatriés - Actualités
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UNREAD_POSTPosté: Mar Sep 09, 2014 4:35 pm 
MATELOT
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Inscription: Mer Fév 17, 2010 9:05 pm
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Bonjour, je vous transmet un message que je viens de recevoir de Bernard.
Bonne soirée, Sarah

peut on transmettre ce texte en réponse à la prose de nos amis:


J'ai relu attentivement les propos, plus ou moins agréables, tenus par les uns les autres sur Le Petit Colombier sur mon enquête et mon livre....

Soyons positif:
Dans le fond c'est bien d'avoir ces discussions, cela fait avancer l'enquête, (et puis j'essaie aussi de retrouver le Ravenel à la demande de l'Association des disparus..)
J'ai plus ou moins bien apprécié certains propos gratuitement sévères à mon encontre, voir désobligeants, non je ne suis pas un rigolo, ni un metteur en scène, mais un passionné d'Aviation et Charles Nungesser et François Coli méritent d'être mieux connus et respectés ...tout comme tous vos anciens , l'ancien Maire compris Mr Joseph Lehuenen, qui sont, pour nos amis à la critique facile "des conteurs gateux et peu fiables.....c'est pour le moins peu respectueux
mais il faut être zen et laisser dire...le principal étant d'être honnête c 'est à dire écouter noter et accepter aussi les critiques, ce que je fais. Je ne suis pas obtus et je pense que Rodrigue aurait pu être plus fair play, et amicalement je lui pose quelques questions:
La météo du jour:
RG dit : ce jour là il y avait 30 noeuds de vent, pas de brouillard!
Alors comment se fait il que lors de l'interview par Marie Pierre Farkas, Grand Reporter de France 2, au Musée de l'Arche, le conservateur du Musée, Rodrigue Girardin commente ainsi, après l'interview de Guy Duchemin:
"Le responsable météo de l époque était un bénévole, il faisait trois relevés par jour, un à 7h, l'autre à midi et le soir à 19h. Entre deux relevés pas d'information....
Or le bureau était en plein centre ville.
...Et il peut tout à fait y avoir des changements de temps pendant deux heures, par exemple entre 8h et 10h, de la brume à tel endroit, du beau temps un peu plus loin..."
Reportez vous à cette belle émission du 30 12 12 de 37 minutes qui a fait plus de 3,4millions de téléspectateurs.....
D'autre part dans les critiques reçues, pourquoi ne pas mentionner des docments essentiels que j'ai trouvés: par exemple la lettre manuscrite d'un pêcheur de Saint Pierre, trouvée aux Archives d'Aix en Provence, adressée au gouverneur dans les trois semaines après la disparition de l'Oiseau Blanc, et se plaignant des navires coast Guards dans les eaux territoriales, allant à pleine vitesse dans le brouillard, dangereux et coupant nos lignes...à la fin il pose la question "Monsieur le Gouverneur, ne sont ils pas là pour retrouver les restes de nos aviateurs?" Et il donne la liste des coast Guards et leurs noms. Je ne l'ai pas inventé?
Connaissez vous Mr Daley de St Joseph à Ste Mary's Bay qui aurait vu un avion Blanc remontant dans le 320 avec une trainée de fumée blanche?....
Pourquoi ne pas mentionner aussi dans ces critiques le bootleger qui le 15mai voit un morceau d'Aile au large de Saint Pierre, puis le paquebot Belle Pline qui le 17 mai est à côté d'une aile d'avion de 27' de long 55' de large...et vers le 21 mai trois coastguards de district 1 les CG230, 235 et 290"Tide up the piece of Wing"...
je ne vais pas continuer la liste d'au moins trente pièces à conviction allant toutes dans le même sens...ces pièces ont été trouvées dans les archives en France, aux USA, Terre Neuve, Canada, etc...et j'en fait références dans le livre.
Alors soyons réalistes: admettons que certaines hypothèses soient encore à vérifier plus à fond, c'est certain, mais mon livre, écrit avec Vincent Mongaillard, un vrai journaliste d'investigation, ne veut que transmettre ce que j'ai pu collecter le plus honnêtement possible en six ans bénévollement, n'en déplaise à certains. je précise que je n'ai aucun droit financier sur les articles, les émissions de télévision etc...
Pour mes recherches je dois aussi beaucoup à des gens très respectables et très sérieux comme Marcel Jullian, Marcel Bleustein Blanchet, Emile Périot, Clément Pascal Meunier, les familles de Nungesser et celle de Coli, et aussi à la commission Histoire Arts et Lettres de l'Aéroclub de France, et de la Direction du Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget ainsi que de l'aide importante que son archiviste m' apporte.
Je n'en veux à personne, et dans le fond, c'est bien de vous intéresser à cette belle histoire qui veut remettre à sa juste place un Héros de l'Aviation, un Héros véritable ambassadeur de notre pays aux USA dans les années vingt...vous ne croyez pas qu'on manque sacrément de héros en ce moment!
Bien amicalement à tous
Bernard Decré

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Sarah Girardin


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UNREAD_POSTPosté: Dim Aoû 17, 2014 4:37 pm 
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Il y a un air de famille, mais Rodrigue doit avoir raison. L'article du National géographique postérieur à 1929 montre un homme sans doute né avant 1890, hors Gabriel est né vers1910. Donc ce serait la génération suivante.

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Dieu est tout sauf incroyable. Guy Lévêque


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UNREAD_POSTPosté: Dim Aoû 17, 2014 1:16 pm 
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Localisation: Miquelon
J'ai cette photo dans ma base, c'est peut-être de là qu'elle vient.
Il s'agirait de Gustave Eugène BRIAND 1874-1945.
Son fils, Lucien Eugène s'était marié en 1926 à Saint-Pierre à Marie Elisabeth CLAIREAUX

Le voici encore :


Fichiers joints:
PHNB-008.jpg
PHNB-008.jpg [ 460.2 Kio | Vu 6830 fois ]

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Jean-Pierre Detcheverry
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UNREAD_POSTPosté: Dim Aoû 17, 2014 10:53 am 
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UNE AUTRE PHOTO DU MEME MONSIEUR?

Je n'ai pas releve la source!

Image

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André Lafargue
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UNREAD_POSTPosté: Dim Aoû 17, 2014 10:51 am 
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Lo Djoe,
Pas trop d'accord que la photo représente le Gabriel Briant. Sans faire appel à l'anthropométrie, dans le bouquin de Pério, le gars est plutôt bien en chair contrairement à l'homme sec que l'on représente dans le National Geographic. D'ailleurs qu'un Briand de SPM pensait alors qu'il pouvait être parent avec l'homme politique français est une chose, qu'il le soit en est une autre n'est-ce pas, mais là, nous nous égarons.
Amitiés,
Rodrigue.


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UNREAD_POSTPosté: Sam Aoû 16, 2014 10:49 pm 
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Oui c'est bien lui.

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UNREAD_POSTPosté: Sam Aoû 16, 2014 6:13 pm 
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S'agirait-il de ce Monsieur Briand?

Selon son commentaire au journaliste du National Geographic en 1940-41 il aurait un degre de parente avec Aristide?

Image

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André Lafargue
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UNREAD_POSTPosté: Sam Aoû 16, 2014 11:35 am 
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Que sa sortie ne soit pas enregistrée, ne prouve rien, il pouvait effectivement être en mer. Mais ce qui n'est pas sérieux c'est de prendre pour argent comptant un témoignage, passé sous silence pendant 38 ans, et finalement mis à jour par Joseph Lehuenen, ( via Cleme Vallée et Pierre-Marie Lechevallier) dont on connaît la propension à réécrire l'histoire. << le vent est nul,la mer est lisse: calme blanc.... Le brouillard est dense le silence total ... Ça c'est du Jo pur jus.
Déjà si le brouillard est dense la corne de brume de Galantry devrait rompre le silence. Mais surtout les observations météo du jour, consignées toutes les 4heures, attestent le contraire : petits vents de N-O, donc très bonne visibilité. Ne pas tenir compte de ce fait qui ruine le témoignage Lechevallier, c'est inadmissible. Il faisait clair, la visibilité était excellente donc Pierre-Marie ne pouvait pas entendre un avion percuter la mer sans le voir.
J'attends que l'on me démontre le contraire.

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Dieu est tout sauf incroyable. Guy Lévêque


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UNREAD_POSTPosté: Ven Aoû 15, 2014 11:16 pm 
AMIRAL

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D rien Rodrigue ,moi je ne connais rien ,j'ai seulement donné la réponse d'une personne plus compétente que moi ! Je n'ai jamais entendu dire que le Monsieur en question ,qu'il cherchait à se vanter ou qu'il racontait des histoires ?... un solitaire ,je ne crois pas qu'il était bavard ?
En tous cas j'aime toutes les informations données par tes recherches .Bravo !
victoria

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Arlette Hacala Folquet


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UNREAD_POSTPosté: Mer Aoû 13, 2014 6:41 pm 
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Merci Victoria pour cette information.
Je dois dire que je n'avais encore jamais entendu ni vu ni lu ce genre d'information. Par contre, je garde en mémoire que même les plaisanciers devaient obtenir un rôle de navigation. Cependant, Lechevallier a pu très bien ponctuellement aller faire des parties de pêche la morue à la plaisance avec un enrôlé voire même s'octroyer des virées à la truite dans les étangs de Langlade, mais je doute que ce soit le 9 mai 1927. Je me répète, mais je comprendrais difficilement que naviguant professionnellement, il n'ait pas déclaré sa navigation pour sa retraite tout en sachant que son "Canada n° 1" n'a été immatriculé qu'en 1929. En dehors de cet abandon incompréhensible, il aurait aussi perdu le bénéfice des primes à la production et à la gazoline.
Amitiés,
R.G


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UNREAD_POSTPosté: Mer Aoû 13, 2014 7:58 am 
AMIRAL

Inscription: Sam Fév 13, 2010 6:59 pm
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Localisation: Saint pierre et miquelon
Je vais seulement remettre ce que j'ai mis à un autre endroit ,que Pierre-Marie Lechevallier, pouvait être en doris sans être enrôler ,c'est ce que m'a dit un marin ! et ce serait dommage que Mr B D, est entrainé une telle polémique sur un sujet aussi sensible que la recherche du Ravenel ...mais même , si ?... il y a eu des recherches de faites ,et pour moi c'est ce qui compte !Personnes ...jusque cet homme soit venu ,n'a fait quoique ce soit ...

victoria

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Arlette Hacala Folquet


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UNREAD_POSTPosté: Mar Aoû 12, 2014 6:42 pm 
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Inscription: Ven Fév 12, 2010 7:43 pm
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Nul n'est prophète en son Pays n'est-ce pas ?
Je suis, si je puis dire, assis entre deux chaises : d'un côté, je repose sur des informations découvertes dans le cadre de ma profession et par richochet (j'espère que l'on me pardonnera cette déviance), de l'autre sur des réflexions et des travaux personnels.
Professionnellement, vous pourrez toujours aiguiller avec la meilleure volonté du monde un chercheur dans sa quête d'informations. La découverte d'éléments est très souvent fortuite et donc communiquée à partir de ce moment, pas avant. Il faut pourtant ne pas confondre, aiguiller et conseiller ne veut pas dire faire le travail à la place des autres. « Passes-moi ta montre, j'te donnerai l'heure ! »
Ben dit (je lui transmets aussi mes amitiés) que je ne lui ai fourni que des éléments du Foyer Paroissial. Franchement, je lui ai aussi parlé avec critiques, à maintes reprises, des conditions météo du 9 mai 1927, mais il n'en a pas tenu compte.
Il m'a parlé de plaintes émanant de petits pêcheurs concernant les incursions des gardes-côtes américains chez nous : je lui ai livré mon sentiment contradictoire. Il n'en a pas tenu compte.
Je lui ai donné mon avis, là oui « le sourire en coin », sur la fiabilité des témoignages Vallée et Lehuenen : il n'en a tenu aucun compte, sauf au cours d'une discussion après publication...
Y'a des fois, tu peux dire : c'est possible, je n'ai aucun élément contradictoire et y'a aussi des fois où tu peux dire : nnt-nnt, ça colle pas ! Je n'ai pas dit que ma recherche était LA vérité, j'ai parlé de contre-vérités, et ce n'est pas parce que je suis de Saint-Pierre-et-Miquelon et que Ben est métropolitain. Le travail aurait-il été mené par des Canadiens, des Russes ou des Asiatiques, ces informations auraient été les mêmes : rationnelles.
Ben dit encore que je ne lui ai fourni aucun élément nouveau au fil de ses passages : c'est vrai mais c'est parce que je n'en n'avais alors pas davantage. Mais ho, qui mène l'enquête à la fin ? Quand on n'est pas sûr de la vérité, on joue avec le conditionnel, on reporte une publication en attente d'éléments indestructibles !
Ben m'a-t-il demandé en son temps des informations sur le climat local pendant la prohibition et la légitimité du commerce d'alcool ? Non, sans quoi je lui aurais livré les éléments en ma possession, tant professionnelle que privée.
A-t-il cherché à s'assurer de l'exactitude des témoignages-clé dont s'est inspiré « L'enquête vérité » ? Non : c'était la base de son château de sable. Et pourtant, ponctuellement lors de nos rencontres, je lui faisais part de mon scepticisme. Exemple : sachant que « L'Armistice » serait venue de Granville et aurait été encalminé un mois durant à Terre-Neuve, je lui dit que je n'y croyais pas du tout en lui donnant la date d'entrée au port de ce long-courrier tout en indiquant sa provenance (Cadix). Que n'a-t-il de sa propre initiative recherché à Granville ou à Cherbourg des éléments pouvant « bétonner » le témoignage Briant ? Parce qu'avec celui de Lechevallier, il constituait le deuxième pilier de sa théorie et qu'il n'a pas pensé un instant (je suppose) qu'ils pouvaient être aussi fragiles.
Enfin, du style : « il aurait pu nous le dire avant », pourquoi « RG » n'a-t-il pas senti le besoin d'aller assister à des réunions à l'Hôtel Robert (ex-Morue Joyeuse) pour ressasser que les conditions météo évoquées par Lechevallier ne tenaient pas la route ? Car, sans devoir se justifier, il a d'autres loisirs et c'est tout ce qu'il pouvait apporter alors comme éléments, pourtant importants mais jamais pris en compte par Ben. « Répéter la messe trente-cinq fois pour les sourds », à la longue, ça gave. Cul-vert que je suis, je n'ai pas attendu que Ben le « mayou » (dixit Sarah) publie son livre pour « le descendre » puisque j'en ignorai le contenu exact. (C'est curieux, on trouve quasiment les mêmes expressions concernant les agissements des garde-côtes américains et des bootleggers dans le livre.)
Mon but n'est pas de flinguer qui que ce soit à bout portant, mais ce n'est pas parce qu'on n'est pas d'accord avec quelqu'un que cela implique que l'on doive dire gentiment « Amen » à tout.

Des informations essentielles viendront peut-être un jour (sans contredit) porter un peu plus de lumière sur l'épopée de l'Oiseau Blanc et de sa possible disparition dans les parages, qui sait ? Pour ma part, si j'en découvrais, je ne manquerai pas de les faire connaître objectivement.


Amitiés,

Rodrigue Girardin.


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UNREAD_POSTPosté: Lun Aoû 11, 2014 2:52 pm 
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BD a raison de ne pas entrer dans une logique de querelle de personne. Je ne doute pas de sa passion pour nos aviateurs. Pour autant sa démarche à l'origine, est foncièrement bancale. Nungesser et Coli, quelque soit l'endroit de l'Atlantique où s'est arrêté leur vol, n'ont pas effectué cette traversée. Essayer de prouver le contraire ne tient pas debout. Les témoignages repris à Émile PÉRIO,(jamais cité d'ailleurs), ne peuvent pas raisonnablement être considérés comme fiables. RG les démonte, avec des arguments concrets, le problème n'est pas de savoir s'il est gentil, mais de lui opposer une contre argumentation qui se tienne, dans la réponse de BD, il n'y a rien.

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Dieu est tout sauf incroyable. Guy Lévêque


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UNREAD_POSTPosté: Lun Aoû 11, 2014 8:56 am 
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Messages: 84
Si quelqu'un veut transmettre à RG la réponse BD, merci

> > Rodrigue aurait du venir au moins une fois ou deux a nos
> > réunions amicales du soir
> > Ses informations sont intéressantes, mais nos découvertes dans
> > les archives de Washington, d Aix en Provence, de Nantes et de
> > Paris sont précieuses.
> > En tant qu archiviste officiel il nous a seulement donne l
> > information intéressante du bulletin paroissial, et il m a fait
> > lire le rapport du RAVENEL.
> > Bien entendu l esprit de ses propos est fort déplaisant, et
> > sincèrement s il y a des inexactitudes dans le livre, il a le
> > mérite de vouloir évoluer et d etre corrige
> > J aurais aime avoir plus de conseils et de renseignements de sa
> > part, car depuis six ans je vais le saluer tous les ans lui
> > demandant s il a découvert du nouveau....
> > Depuis la rédaction de ce livre nous venons de découvrir d
> > autres éléments passionnants, confirmant bien qu ils étaient
> > attendus....Il est dommage que Rodrigue nous reproche d essayer
> > de comprendre ces deux recherches:
> > L Oiseau Blanc et le RAVENEL!....
> > Transmettez lui mes amitiés et aussi mes regrets qu il ne soit
> > pas venu s'expliquer a l hotel Robert ou tout le monde apportait
> > son avis .....cela aurait été plus efficace
> > Amitiés
> >
> > Bernard

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Sarah Girardin


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UNREAD_POSTPosté: Lun Aoû 11, 2014 8:48 am 
MATELOT
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Moi je pose juste quelques questions:

Pourquoi l'enquête de RG serait la bonne ??
Parce qu'il est SPM ??
Parce que Bernard est "mayou" ??
Pourquoi RG n'est jamais venu aux réunions contredire BD ?
Pourquoi on ne met en doute que la parole de BD ? il gène quelqu'un ? la parole de RG est-elle plus fiable ?

Je m'interroge sur les vraies raisons de cette descente, mais je n'entrerais pas en polémique la dessus.
Je connais personnellement BD, je le vois tous les jours quand il est à SPM, oui j'assiste aux réunions moi, tout le monde qui le descend ne peut pas en dire autant. Et quand on a un doute sur quelque chose on lui en fait part, on en discute, il est toujours ouvert à des nouvelles idées, hypothèses, si RG lui en avait fait part au lieu de le descendre après la parution du livre, cette discussion n'existerait pas.

Sarah Girardin

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Sarah Girardin


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UNREAD_POSTPosté: Lun Aoû 11, 2014 8:30 am 
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Inscription: Ven Fév 12, 2010 9:08 pm
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Sarah, je comprends bien le légitime espoir de l'Association Ravernel et le caractère affectif de son objet.
En revanche la recherche de l'Oiseau blanc, devrait être rationnelle, scientifique, rigoureuse. Or BD utilise des sources qu'il ne vérifie pas, affirme des conclusions qui sont contradictoires, présente des hypothèses incohérentes comme des vérités attestées. Sans porter de jugement sur la qualité des personnes, je m'interroge depuis longtemps sur l'honnêteté intellectuelle de l'entreprise.
Au final quel est le bilan de tout ce grand spectacle? D'un côté un réalisateur qui fait parler de lui le plus possible avec la participation d'amis des services publiques de communication, et de sponsors seulement intéressés par l'exposition médiatique, et, dans la colonne résultat : rien, sinon des espoirs déçus, des contrevérités.
Sans être méchant on peut dire l'homme,qu'a vu l'homme, qu'a vu l'homme, qu'à vu l'homme ,qu'à vu l'Oiseau blanc.

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Dieu est tout sauf incroyable. Guy Lévêque


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UNREAD_POSTPosté: Lun Aoû 11, 2014 7:42 am 
MATELOT
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Inscription: Mer Fév 17, 2010 9:05 pm
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Bonjour,

j'ai lu la contre vérité de Mr RG, il aurait été bien que ce monsieur qui voit BD tous les ans, qui l'a renseigné quand il est passé dans son service, vienne aux réunions le soir, cela lui aurait permit de donner son avis au lieu de tout critiquer et sur un ton parfois fort déplaisant.

En ce qui concerne l'association Ravenel, BD ne s'en n'ai pas servi pour s'incruster à SPM, c'est bien l'inverse qui s'est passé, l'association Ravenel a demande a l'association de l'oiseau blanc de l'aider à retrouver le chalutier.

Je ne m'étalerai pas plus sur le sujet.

Bonne journée à tous

Sarah Girardin

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Sarah Girardin


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UNREAD_POSTPosté: Ven Aoû 08, 2014 1:58 pm 
SECOND MAITRE
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Inscription: Sam Fév 13, 2010 11:02 pm
Messages: 458
Il manque que le film et la saga sera bouclée ::hahaha::
On ne sais plus quoi penser? Si c'est une mascarade c'est triste pour la mémoire de Nungesser et Coli et pour l'équipage du Ravenel
Mais comme disait Coluche: "s'ils trouvent des couillons pour payer j'dis pas ça pour vous t'en a qu'on en besoin". ......

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UNREAD_POSTPosté: Ven Aoû 08, 2014 11:52 am 
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Inscription: Ven Fév 12, 2010 9:08 pm
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Je dénonce ( tout seul et en déplaisant à beaucoup) depuis le début le peu de sérieux de l'entreprise Bd/oiseau blanc, avec moins d'arguments documentés que Rodrigue, mais avec la certitude qu'on ne peut peut pas dire tout et son contraire. Je n'ai pas aimé l'alibi Ravenel, qui joue du chagrin des familles. Ben n'est pas intéressé par le Ravenel, c'est bien normal, des dizaines de bateaux sont portés disparus avec leurs équipages. Il ne nous viendrait pas à l'esprit d'aller dans un port breton, rechercher l'épave d'un chalutier disparu depuis des dizaines d'années.
Ben est un créateur d'événementiel, l'événement -ciel <<oiseau blanc>> met en scène de vrais gens, une vraie histoire qui ne sortent pas de l'imaginaire d'un rêveur.
Il manque à l'évidence à notre Ben, la rigueur de l'historien, Bé A Ba du métier, sinon c'est un imposteur.

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UNREAD_POSTPosté: Ven Aoû 08, 2014 9:39 am 
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Dede a écrit:
Le Gratteur Albinos : contre-vérités.

PREMIERE PARTIE

Nous sommes témoins ces dernières années de tout un battage médiatique organisé autour de la recherche du moteur de l'avion « Oiseau Blanc », perdu en 1927 et de l'épave du chalutier local « Ravenel », sombré corps et biens en 1962. Cette chasse aux débris a apparemment débuté avec le cadeau d'un bouquin de Clive Cussler, offert à Bernard Decré, que l'on nommera ici tout simplement « Ben ». A la lecture de l'ouvrage, Ben a une révélation et se lance dans une enquête à la Tintin, genre « Le Secret de la Licorne ». Mais sa quête n'est pas une B.D. Le narval de terre, c'est de la roupie de sansonnet. Plus sérieusement qu'Hergé et ses petits mickeys, il veut prouver coûte que coûte que Nungesser et Coli ont bien traversé l'Atlantique en mai 1927 et qu'ils se sont abîmés à un jet d'élingue au large de Saint-Pierre et Miquelon. N'étant pas londonnien, c'est sans pipe à la bouche ni loupe à la main qu'il agit et, comme il n'habite pas Moulinsart, il n'est accompagné d'aucun morceau d'anon fumé.

Mettons de côté la recherche de l'épave du Ravenel : médiatiquement, elle n'intéresse que la population locale et c'est très certainement à celle-ci de s'en préoccuper si tant est que cela représente encore un intérêt pour elle. Penchons-nous plutôt sur les conclusions de notre enquêteur concernant l'Oiseau Blanc. Il prend pour éléments de base ne souffrant aucune contradiction deux témoignages-clé : celui de Pierre-Marie Lechevallier, dont on rapporte qu'il aurait entendu un bruit sourd étant en pêche près des côtes de Saint-Pierre le 9 mai 1927, et celui de Gabriel Briant, qui a assuré avoir entendu un son indescriptible au large de la péninsule de Burin à Terre-Neuve le même matin du 9 mai. Ben croit dur comme fer à ces déclarations : habillé de rouge et la houppe au vent, il écume les archives des deux bords de l'Atlantique et la mer à bord du « Zéphir ». Il prend des notes en pagaille et les confie à Vincent Mongaillard, un journaliste d'investigation qui se charge d'en réaliser un produit d'imprimerie : « L'oiseau blanc, l'enquête vérité » !

Je ne suis pas journaliste mais un tout petit peu investigateur. Pour entreprendre, ou reprendre une enquête, il semblerait naturel de s'assurer dès le départ de la véracité des témoignages sur lesquels on fondera ses théories, même si les témoins-clé sont partis à Ouest. « L'oiseau blanc, l'enquête vérité » n'est pas basée sur ce principe. Elle plonge cette belle aventure dans un parfum délétère : on n'y relève que des sous-entendus de complots, d'intrigues, de destructions volontaires d'indices et même de secrets d'Etat...

« Les cadavres de Nungesser et Coli ont pu très bien être pris pour des victimes de règlements de comptes qu'il fallait absolument enfouir sous terre car risquant de devenir vite embarrassantes. (…) dans un endroit forcément tenu secret... » ; « Dans ce contexte, les corps sans vie faisaient presque partie du décor. On enterrait les victimes sans certificat de décès ou, quand on savait bien monnayer les complicités, avec de faux documents » (Page 235).
« Secret... Cachoterie... Affaire classée » (page 103) ;
« Redoutant la vengeance de la mafia » ((page 111) ;
« Jardin secret »(112) ;
« Messages confidentiels et souvent mystérieux, parfois glissés dans la poche de l'un de nous... » (page 147) ;
« Clairement on a essayé de mettre le couvercle sur la marmite ». Les gouverneurs « n'ont jamais été loquaces sur l'Oiseau blanc avec leurs supérieurs, craignant d'avoir les inspecteurs français sur le dos. Ceux-ci étaient susceptibles de s'intéresser, en plus du cas de Nugesser et Coli, aux activités de l'archipel et de balancer moults détails sur la contrebande » (pages166-167) ;
« Dans le Journal officiel, nulle trace de création d'une commission spéciale à ce sujet ni la nomination de membres devant l'intégrer afin de faire toute la lumière sur cette disparition (…) Est-il allé au bout de sa mission ? Quelles ont été ses conclusions ? C'est un mystère. Impossible de mettre la main sur ce rapport, ni même de savoir s'il a existé un jour.» (page 167) ;
« De quoi devenir parano, non ? » ; « Sans tomber dans la paranoïa ». (Pages 214, 233).
« Il est très curieux de constater que tous les rapports et notes (...) sont absents pour les années 1927 et 1928. Comme tous les documents sensibles de l'archipel à l'époque, ils ont été sans doute brûlés. Généralement quand un dossier pouvait être gênant, on disait qu'il avait été victime d'un incendie ou qu'il avait été perdu, précise, un sourire en coin, Rodrigue Girardin,... » pages 167-168...

Tiens bon l'père, c'est quoi l'tableau là ?... Puisque je suis nommé, je déclare que ce n'est pas la vérité et que je ne me ferai pas le témoin passif de cette déformation de propos. Sans trahir le secret professionnel, j'ai bien dit quelque chose sur l'absence d'informations dans les archives locales, mais pas seulement pour cette époque.

Précisions : à la suite de l'incendie du Service des Archives de la Collectivité Locale (aujourd'hui Territoriale) en mars 1992, de nombreux documents sont partis en cendres ; d'autres, plus ou moins abîmés, ont été récupérés, classés et sont communicables dans le respect de la loi de 2008. Depuis ce sinistre, des agents de divers services administratifs, parce qu'ils pensent que toutes les archives « anciennes » ont disparu dans ce désastre, déclarent de bonne foi qu'on ne peut plus rien retrouver. Si des documents existent encore dans leurs dépôts, soit certains ne savent pas où les rechercher, soit ils n'en ont pas envie et peuvent, parfois, assurer que ces pièces avaient été versées et que par conséquent, elles ont été brûlées en 1992. Mais, ai-je aussi déclaré à Ben, la copie de la correspondance du Gouverneur, ou les procès-verbaux du Conseil d'Administration de la Colonie auxquels il fait référence pourraient se retrouver aux Archives Nationales, en France métropolitaine. Faut chercher l'père !

Sans esprit de publication ni volonté de nuire à l'épopée de l'Oiseau Blanc, je vous propose une analyse de quelques arguments avancés dans le livre et vous pourrez dresser votre propre constat car, qui n'entend qu'un son n'entend qu'une cloche. Je ferai donc le bourdon en utilisant la tchatche de chez nous mais que l'on ne se méprenne pas, il ne s'agit pas d'une passe d'armes vengeresse envers qui que ce soit. « Il nous faut rétablir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité » (page 123). Bon, je lève la main droite, je déclare « Je le jure » et j'y-go, en toute objectivité.

Tel qu'indiqué plus haut, à Saint-Pierre, le premier témoin-clé retenu est Pierre-Marie Lechevallier. Il y est né le 7 juillet 1894, de François et d'Elisa Guyon. Il semble avoir passé toute son existence rue Sadi-Carnot (ex-Granchain, aujourd'hui Amiral Muselier, à proximité du Monument aux Morts), avec une vue imprenable sur le barachois, la butte et le phare de Galantry et les eaux baignant le sud de l'île de Saint-Pierre. Pierre-Marie ne se maria jamais et n'eut jamais l'occasion de se déclarer à l'état-civil pour la reconnaissance d'un enfant issu de ses oeuvres. C'est dire qu'il était, jusqu'à la fin de sa vie, en septembre 1974, vieux garçon.

Si ce petit pêcheur habite effectivement le secteur en 1927, on pourrait en déduire que son échouage se situait, au fond du barachois, cette anse profonde délimitée en arc de cercle par la pointe aux Canons au nord-est et la pointe à Bertrand au sud-est. L'abandon progressif par les grandes compagnies de pêche des considérables étendues de terrain en périphérie du barachois devaient permettre l'installation de saillages en lieu et place des cales et quais industriels. Leurs droits primitifs d'occupation temporaire sur le domaine maritime seront en effet supplantés par l'industrie côtière à l'aide du doris motorisé. De son domicile surplombant cet abri naturel, Lechevallier pourrait toujours avoir à l'oeil son embarcation hissée au sec sur des madriers à l'aide de son cabestan, éventuellement sur sa saline qui abritait son matériel de pêche et sur les prises qu'il pouvait y avoir entreposé. A l'instar des autres pêcheurs de l'anse à Rodrigue en bordure de la rade, ou des pointes et anses Bertrand et Philibert, voire même de l'Alumette, toutes situées dans la partie Est de Saint-Pierre, ou de l'Ile-aux-Chiens, il pêchait dans le sud de Saint-Pierre en empruntant la passe du suet. De nombreux fonds de pêche existent dans le secteur, qui sont des endroits de prédilection pour la morue : le « Suet », le « Petit-suet », la « Caserne », les « Grappins »,...

C'est sur ce dernier fond qu'on nous rapporte Lechevallier pêchant le lundi 9 mai 1927 « à deux milles au sud du port de Saint-Pierre » dans son doris baptisé du nom de « Canada ». Il avait quitté, nous dit encore « L'enquête vérité », page 99 et suivante, le port vers 5 heures du matin, « le temps est idéal. Mais en milieu de matinée, il se gâte très sérieusement. Une couche de brouillard flotte à quelques mètres à peine au-dessus de l'océan. Le vent est nul, la mer totalement lisse. Le poisson se montre généreux. (…) En fin de matinée, alors qu'il est debout dans son canot en train de veiller sur ses lignes (…) il est intrigué par un bruit lointain venant de l'est. Le bosseur infatigable interrompt son labeur et tend l'oreille... ». Boum, Paf ou Pif : bruit de collision, « avec des craquements comme une benne qu'on décharge à la mer (…) Un fracas indescriptible que l'on ne peut oublier quand, comme notre trentenaire, on a l'ouïe fine. Le pêcheur ne voit absolument rien à cause du brouillard. C'est le silence complet. Jusqu'à ce que son labrador (Note : en remplacement de « Whisky » tel que nommé dans le bouquin, appelons-le «Ach-à-bas»), alors endormi en rond sur le capot protégeant le moteur de la barque traditionnelle de Saint-Pierre, se redresse brutalement sur son arrière-train, aboit et hurle à la mort... »

Il est navrant qu'un plaisancier du dimanche Pascal trouve que le temps se gâte très sérieusement parce que la brume tombe et que le vent soit nul, mais bon, c'est romancé. Il n'est donc pas étonnant que Lechevallier ne soit pas revenu à fond de train la caisse sur le port, de peur de se perdre puisqu'on a dit page 99 qu'un compas lui suffisait pour se diriger, comme tous les autres pêcheurs aussi aidés par la montre. S'il a bien entendu les fâmeux bruits, pas besoin de mettre une taoïnssée à Ach-à-bas, qualifié de « furie », page 101. On nous dit ensuite qu'il est resté sur zone encore trois bonnes heures puis qu'il est rentré à bon port dans l'après-midi avec « deux gros paniers de morues ». Dit donc ! Deux mannes de morues ! Ce n'est pas ce qu'il est convenu d'appeler une bonne marée, déjà assurée en matinée. La sardine qui bloque le port de Marseille en somme. Bon, allez,...c'est encore la romance.

Pas un autre pêcheur n'est visiblement ou audiblement présent dans le secteur, car aucun témoignage ne vient ajouter foi à celui de Lechevallier. Lui seul et son chien ont entendu l'impact, le chien ne pouvant qu'aboyer, il ne nous reste que son maître comme bougonneur. Dieu sait pourtant que les pêcheurs côtiers, surtout mariés et pères de famille avaient tout autant, sinon plus que lui, besoin de gagner leur croûte puis de mettre, s'il était possible, du « beurre dans les épinards » (page 100), (à condition d'avoir d'abord des épinards), particulièrement s'il faisait beau : calmasse et brumasse.

Le gars ne dit rien en arrivant à terre, mais dans les années qui suivent, il dépile en masse : auprès de Clém Vallée, des excursionnistes vers l'anse à Henry et enfin de Djoe Lehuenen. L'Homme qui a entendu un bruit en mer et qui a soit-disant mis une branlée à son chien qui aboyait à la mort en ne comprenant pas son comportement le 9 mai 1927, aurait dorénavant laissé ses lignes par brume masquée puis, comme un pêcheur en étang, il aurait fait des ronds dans l'eau pour revenir au compas sur le fonds qu'il avait abandonné. A croire qu'il pêchait l'éperlan à la gaule et au bouchon visibles de loin, au Caillou Poulain dans l'étang de Savoyard par exemple...

Question météo, le responsable des observations, bien qu'il puisse être chargé d'un autre travail administratif (écritures), n'en devait pas moins relever les phénomènes 3 fois par jour. Il n'est pas question qu'il ne mette le bout du nez à la fenêtre que pour rapporter que le vent est plus ou moins fort, qu'il fait plus ou moins froid ou que le ciel est plus ou moins couvert. Non, le gars fait des relevés à 7 heures, à midi et à 19 heures. Entre-temps, rien cependant ne permet à quiconque de se prononcer sur le temps.

D'après les relevés, en ce 9 mai 1927,
⁃ la température varie de +4 au minimum à +5 au maximum ;
⁃ le vent est noroît, de 12 à 15/mètres seconde ;
⁃ sur une échelle de 0 à 10, la nébulosité est relevée à 0, c'est-à-dire : Clair.
⁃ pas de remarque particulière quant à la brume, des nuages, de tempête, etc. Le 9 mai donc, que ce soit à 7 heures, à midi ou à 19 heures, le ciel est clair et le vent de noroît de près de 30 noeuds ou 54 km à l'heure. Pas de brume, pas de calme plat et, vraisemblablement, en raison des vents assez forts, pas de sortie en mer pour les doris.

Le lendemain, 10 mai, les vents de noroît sont toujours assez forts, de 13 à 15 mètres par seconde, le temps est clair. Toujours pas de sortie possible. Visiblement une deuxième marée de cabanne.

Le 8 mai par contre, le temps était brumeux avec pluie, visibilité nulle. Sur l'échelle de 10, elle est de 9 à 10 toute la journée, les vents sont faibles de la partie nordé, 4 m/s le matin (8 noeuds/14 km/h), fraîchissant à 5 puis passant à 9 m/s dans l'après midi (17 noeuds ou 32 km/h). Pas de quoi gêner un pêcheur en doris, mais alors les aviateurs étaient encore loin de nos côtes.... Est-ce en ce jour que Lechevallier a cru entendre un bruit sourd faisant penser à une collision, un impact, (un bruit de moteur d'avion rapporté par Lehuenen) ? Nous savons que certains bootleggers possédaient des vedettes rapides équipées de moteurs d'avion...

La seule journée de calme plat relevée au cours de la première quinzaine de mai est le 3 avec un vent de suroît 1 m/s avec brume le matin jusqu'à 7 heures, se renforçant à 5 m/s entre 7 et 12 heures.

Les conditions météorologiques évoquées par Lechevallier en cette journée du 9 ne coïncident donc absolument pas avec la réalité. Clém Vallée, puis Djoe Lehuenen rapportent son témoignage, Emile Pério le reprend avec emphase et le publie dans « Carrefour des Grands Raids ». A eux trois, ils en font une vérité absolue, « L'enquête Vérité » rive le clou et le décrète témoignage-clé à toute épreuve. Près d'un siècle plus tard, on va dénicher des hommes qui ont entendu « notre témoin capital » (page 105) : le neveu ; un « ex-avocat » ; une « voisine » qui discutait par dessus la palissade et qui « l'entendait souvent (...) évoquer ce -crash- ». « Jojo (...) qui lui faisait ses courses dans les dernières années de sa vie » (page 106) et enfin, un nonagénaire, dont le « gendre » a aiguillé les enquêteurs sur la piste de l'incroyable version Lechevallier. Comptine au lèvres entre deux cafés, cet honorable vieillard vient ajouter un témoignage choc à tous ceux qui veulent « bétonner » la légende : Lechevallier a aussi entendu crier !

Qu'une chanson en hommage à la perte des aviateurs soit en vogue ici après l'évènement, cela est possible, probable même. Par esprit patriotique, à posteriori, un doris local sera même baptisé « Oiseau Blanc ». Deux voisins directs de Lechevallier et « Jojo » se souviennent parfaitement avoir entendu sa version : à maintes reprises, il a déclaré bien plus tard, qu'au moment de la tentative des aviateurs, il avait entendu un bruit anormal en mer, étant en pêche avec son chien de Terre-Neuve comme seul compagnon. Qu'à la suite de ce son étrange, son chien s'était mis à aboyer et que ce n'est que quelques jours après la nouvelle de la disparition de Nungesser et Coli qu'il lui avait semblé qu'il pouvait y avoir rapprochement. « Cet homme n'était pas un menteur », assure-t-on. Par contre, un autre habitant du quartier dira que ce gars-là était à moitié fou. Et on exhume encore un dernier témoin : un gamin de neuf ans à l'époque (aujourd'hui décédé et qui n'allait visiblement pas à l'école en ce lundi) se rappelant avoir entendu « à plusieurs reprises, un avion qui tournait derrière Galantry, en plein brouillard, puis comme une explosion » ! (page 115). Il faut croire qu'il n'existait alors que deux habitants n'étant pas atteints de surdité à Saint-Pierre et à l'Ile-aux-Chiens et que les gardiens du phare et de la sirène de Galantry piquaient un spell entre 9 heures et 10 heures du matin !

Admettons contre toute réalité que ce jour-là la brume soit à couper au couteau et qu'il n'y ait pas un pet de vent : Lechevallier était-il en mer ?

Etant donné que toutes les archives locales n'ont pas brûlé dans l'incendie de 1992, il nous reste un certain nombre de matricules d'inscrits, qu'ils soient provisoires, définitifs ou hors-services. Nous possédons encore les registres, parfois partiels, des armements et désarmements locaux, des longs-courriers ou de bâtiments pêcheurs métropolitains. Ces documents nous permettent de réaliser un « tir croisé » si l'on peut dire, non pas de « Coast Guards » mais de « Truth Guards ». Voyons tout d'abord la matricule des inscrits définitifs, classe à laquelle appartenait Lechevallier à l'époque. Avant la Première Guerre Mondiale, notre homme est embarqué matelot. Sans faire un historique de sa carrière maritime, plaçons le premier jalon en 1913 à l'aide de la matricule des inscrits définitifs classée au service d'archives de la collectivité territoriale sous la cote SC 1455. Il réalise les campagnes de pêche 1913 et 1914 comme matelot sur le doris « Rose n° 2 ». Le 3 février 1915, il embarque avec le contingent local sur le vapeur « Chicago » à destination du Hâvre pour être incorporé au 1er dépôt des équipages de la Flotte à Cherbourg. Il est ensuite versé au dépôt de Toulon en avril 1916 puis participe aux croisières de protection des convois vers le Canada du 20 juillet 1916 au 11 juin 1918 avant d'embarquer sur le « Démocratie » jusqu'au 13 juillet 1919. A cette date, il obtient une permission et regagne Saint-Pierre le 27 août de la même année. Il travaille sans aucun doute à terre car il ne réembarque à la petite pêche que le 2 mai 1921 comme matelot sur le doris « Martin Pêcheur » jusqu'au 27 avril 1922. En septembre 1923, il est matelot du doris « Jeanne » jusqu'en janvier 1924. Au printemps de la même année c'est sur le doris « Adèle » qu'il navigue, toujours comme matelot, jusqu'au 24 avril 1926. Etrangement, aucun mouvement de navigation n'est porté à son bénéfice de ce jour au 16 août 1929, date à laquelle il arme le doris « Canada n° 1 ». Pour nous assurer de ce « trou » dans sa navigation et croiser les informations, consultons les registres de désarmements de 1927 et de 1928. Quelques rôles sont manquants (pas plus d'une dizaine), mais Lechevallier ne figure à aucun de ceux qui sont toujours conservés. S'est-il absenté de l'archipel pour aller naviguer ailleurs ? S'il avait navigué en France, il n'aurait pas manqué de faire valider ce temps au bénéfice de sa pension. Tout comme aujourd'hui, le temps de navigation permet au naviguant de toucher une retraite proportionnelle. A-t-il tenté sa chance au Canada voisin pendant cette période ? Etant inscrit, pour s'absenter de son quartier et partir en France ou à l'Etranger, il lui était nécessaire d'obtenir un permis d'absence, mais il ne figure pas dans les listes d'enregistrement, parfaitement tenues à jour par l'Administration.

Il n'était donc pas en mer en ce 9 mai 1927. Envisageons une hypothèse plus plausible : du printemps 1926 à l'été 1929, il travaille localement à terre en profitant de l'embauche et des bons revenus qu'offrait alors la Prohitition. Ce salaire assuré lui permettrait de finir d'économiser afin d'acheter son propre doris et de devenir patron, ce qu'il a réalisé en 1929. Tout comme les véhicules terrestres, les embarcations possèdent un numéro d'immatriculation attribué dès la mise en circulation. La matricule des bâtiments du commerce fait état de la première inscription de son doris, « Canada n° 1 », le 16 août de cette année 1929. Son numéro est le 5458, il est équipé d'un moteur de 3 chevaux et son échouage se situe effectivement au Barachois, tel qu'envisagé plus haut. Il restera par la suite propriétaire d'un doris, toujours baptisé du nom de « Canada » jusqu'en juillet 1942 alors qu'il passe dans la catégorie des hors-services.

DEUXIEME PARTIE

Une époque particulière.

« Il faut se plonger dans le contexte si particulier de l'époque, celui de la prohibition » (page 110). Eh oui, pour dire la vérité, il faut se replonger dans le contexte, mais en se documentant, pas en rapportant des coups d'bouts. Pas de « climat malsain » ainsi qu'on voudrait le faire croire, de « règlement de comptes armé entre contrebandiers, ce qui était monnaie courante dans le secteur en 1927 (…) redoutant la vengeance de la mafia » ; « Ces derniers mois, les seuls engins volants à montrer le bout de leur nez appartiennent aux trafiquants d'alcool ou aux gardes-côtes américains qui pourchassent ces derniers ». Puis, page 160, « Al Capone... vient relever les compteurs » ; « Tripatouillage à grande échelle », page suivante ; « Les officiels ont le coup de tampon facile. Il faut dire que douaniers, gendarmes et fraudeurs appartiennent souvent aux mêmes familles. On peut ainsi voir sur des photos d'époque gendarmes et douaniers locaux se retroussant ensemble les manches pour aider, tels des dockers en uniforme, au déchargement des caisses sur le port » (page 162) ; « Micmac hors-la-loi devenu une aubaine économique ». Bis repetita : « Dans ce contexte très particulier, les décideurs de l'archipel n'ont pas véritablement envie que l'on se déplace de métropole pour rechercher les aviateurs. Oui, le risque est, en effet, élevé de mettre le nez dans des combines guère flatteuses... négoce immoral ». Puis, encore, les gouverneurs locaux, Bensch et son successeur Juvanon, ne souhaitaient pas d'enquête, « craignant d'avoir les inspecteurs français sur le dos... ». « Sur l'île de tous les débordements, on canarde pour trois fois rien, pour un mot à peine plus haut que l'autre ou un regard accusateur » (page 173). « … contrebandiers et forces de l'ordre se livraient une guerre sans merci » (page 180). « Il y a eu de la magouille, c'était magouille sur magouille ! » (page 181). Finalement à en croire tout çà, on pourrait tourner un film. Je vois d'ici le titre : « Les Corruptibles de Saint-Pierre »... C'est peut-être d'ailleurs en projet ?

Tissu de bêtises ? Tapis de mensonges ? Pas du tout, c'est le fruit d'une « Enquête » ! Une vraie de vraie : une « Enquête vérité » ! Saint-Pierre-et-Miquelon, prosternes-toi ! On dévoile ton histoire au grand jour : celle dont tu n'a jamais voulu parler, parce que tu en as honte, entendu raconter parce que tu es sourd et que tu refuses de voir parce que tu es aveugle. Changes tes armoiries ! En lieu et place du blason représentant tes origines normandes, bretonnes et basques, illustres ces trois faces de singes qui se masquent la bouche, les oreilles et les yeux !

Grrr... Soyons sérieux ! C'est comme si l'on venait nous dire qu'à l'époque de l'affaire Néel, à la fin des années 1880, on s'éventrait à qui mieux mieux dans les chaumières locales. Est-ce que pendant la prohibition ça flinguait réellement à tout berzingue chez nous ? A coups de mitraillette à camembert par exemple ? Non. Tout comme dans les décennies passées, des marins en goguette se mettaient des branlées ou s'escarmouchaient à l'arme blanche, du genre couteau à piquer la morue. Mais au cours de cette période faste, un grec naturalisé américain du nom de Makris, subrécargue du fraudeur « Côte Nord », descendit un autre étranger dans un bar de la ville et réussit contre toute attente à se débiner. Un gendarme déclaré un peu trop pointilleux, prenant un autre étranger pour un contrebandier tentant de débarquer en douce de l'alcool nuitamment (pour éviter le paiement des taxes d'importation), le blessa mortellement. C'est tout. Reconnaissons toutefois une recrudescence d'infractions à la circulation routière (camions, traîneaux et charrettes utilisés pour le transport d'alcools) et aux mauvais traitements envers les animaux (surcharge de poids, défaut d'utilisation de chambrière). C'était malgré tout, une époque particulière. L'activité dans la ville était intense, de jour comme de nuit. Le sommeil des habitants était régulièrement troublé par l'utilisation intempestive des avertisseurs sonores des bootleggers partant à l'aventure ou revenant d'une opération réussie, ce qui n'était pas très fin de leur part car ils se signalaient ainsi aux potentiels délateurs à la solde des Etats-Unis.

Inutile de dépouiller des tonnes d'archives, tel qu'affirmé dans le bouquin, pour soutenir que le commerce d'alcool était tout ce qu'il y avait de plus légal à partir de Saint-Pierre et Miquelon. Les exportateurs de vins, de champagnes et autres cognacs métropolitains y trouvaient aussi leur compte. Les fabricants de whiskys anglais et écossais s'en frottaient l'alambic. Les producteurs d'alcool canadiens se faisaient d'énormes matelats de billets verts. Le territoire percevait un droit sur chaque litre importé et emmagasiné localement. Pas question pour un navire mouillant dans le port de conserver sa cargaison à bord (entrepôt flottant), en attendant d'être appelé à la livrer en haute mer ou sur les côtes américaines. Débarquer sa cargaison et l'entreposer localement était obligatoire, la conserver sous forme d'entrepôt flottant était interdit. Sauf cas de force majeure (avaries) dument constaté, le navire était invité à repartir sous peine d'une forte amende, donc, pas de « coup de tampon facile », Bensch y veillait scrupuleusement et ses douaniers n'avaient pas intérêt à agir contre ses directives même s'il n'était pas totalement sûr de leur loyauté. Il y eut bien des fuites d'informations au bénéfice du gouvernement des Etats-Unis par un agent des Douanes locales et d'un télégraphiste qui semblaient mener un train de vie que leur seul salaire ne permettait pas (pas très smarts non plus ceux-là). Bensch y remédia : « En 1926 (Note : courrier au ministre du 13 juin 1927), je fus saisi de plaintes d'exportateurs me signalant que les autorités américaines étaient avisées du départ de chaque bateau fraudeur quittant le port de Saint-Pierre, avec la nature exacte de leur cargaison. Mes soupçons se portèrent sur un agent des douanes, originaire de la Colonie, je le signalais à son chef ; il partit alors en congé en France, les indiscrétions cessèrent. Je fis tous mes efforts pour me débarrasser de ce douanier et le faire affecter à une autre colonie, je ne pus réussir. A son retour, je l'ai mis en service à Miquelon où il n'a absolument rien à faire, mais où il ne peut être nuisible... ». Les contrebandiers n'essayèrent-ils pas de se procurer des pièces émanant des douanes locales qui leur permettraient de montrer patte blanche ? Oui, dit Bensch, mais pas à Saint-Pierre et Miquelon. « Le 31 mai 1924, le Chef du service des Douanes, après une conversation avec moi, me précisait dans un rapport que 1 600 000 caisses de whisky destinées à Saint-Pierre n'y étaient jamais venues, et que certainement pour être remboursés de la caution versée au départ de Glasgow, les exportateurs devaient produire de faux certificats (…) Des fraudes nouvelles m'ayant été signalées en décembre 1924, je pris la décision de viser moi-même tous les passeports de douane et actuellement encore, pas un passeport de douane n'est donné sans ma signature (…) Notre agent consulaire à Halifax me signala en juillet de la même année que des run-runners (sic) essayaient de se procurer ma signature pour la contrefaire (…) Par le dernier courrier, j'ai reçu la lettre (…) de notre chargé d'Affaires de France à Washington, relatant que sur le navire anglais « Vinces » saisi sur les côtes américaines, il a été trouvé divers cachets des autorités douanières de la Colonie. Tous ces cachets et signatures sont grossièrement contrefaits. Le cachet de cire porte le mot « custom » au lieu de « douane »... Nous devrions donc parler de magouilles à l'échelle internationale et non pas à l'échelon local.

Je ne crois pas avoir vu, en plus de trente ans d'observation des collections de photographies de l'époque de la Prohibition, un seul cliché figurant un douanier ou un gendarme aidant à la manipulation de caisses d'alcool dans notre port. Ces gars n'auraient pas gardé leur poste bien longtemps, d'autant plus qu'ils avaient autre chose à faire et qu'il y avait suffisamment de débardeurs pour effectuer ce travail.

Les gouverneurs Bensch et Juvanon avaient-ils à craindre la venue d'inspecteurs ? Pas du tout, puisque, encore une fois, le commerce était légal et que les ministères concernés (Colonies, Affaires Etrangères, et autres) étaient parfaitement au courant de la situation. D'ailleurs, Bensch n'hésita pas à informer ses supérieurs qu'à l'occasion d'un voyage qu'il programmait en métropole, il allait se rendre personnellement auprès des producteurs de champagnes afin de les pousser à s'embarquer plus encore dans l'aventure économique en accordant des crédits à plus long terme aux importateurs locaux. Ses ministres de tutelle lui ont-il répondu de rester sur son caillou ? Non, le commerce français s'en porterait très bien. Les vendangeurs, les bouilleurs de cru et les manoeuvres de nos chais en seraient aux anges. Allez couché le chômage économique ! A tantôt les aides financières de l'Etat destinées à compenser ici des ressources naguère insuffisantes ! Eh oui, la France approuvait ce commerce. D'ailleurs, l'inspection Gayet, réalisée en 1930 en est la preuve. En voici quelques extraits : « Le décret du 18 avril 1922 a autorisé l'importation à Saint-Pierre et Miquelon des whiskys et genièvres d'origine étrangère, sous réserve que la réexportation de ces alcools sur la Métropole et les colonies françaises est et demeure interdite. Ce texte a assuré la fortune de la Colonie. Le décret du 29 juillet 1926 autorise dans les mêmes réserves, l'importation des alcools dits trois-six, d'origine étrangère. (…) La statistique de la navigation ne fait pas état des navires fraudeurs (vedettes rapides de moins de 100 tonneaux utilisées principalement pour l'exportation de l'alcool depuis environ 3 ans), pour éviter des demandes de renseignements des Etats-Unis, j'ai suggéré (Note : suggestion mise en pratique), dans le rapport sur la Douane, de publier une statistique officiellement limitée aux navires de plus de 100 tonneaux, ce qui exclura, en fait, les fraudeurs et laissera à une publication traditionnelle son caractère de sincérité, du moins partiellement. (…) Conclusion : J'estime en définitive que la situation maintenue à Saint-Pierre par le Gouvernement français depuis la prohibition américaine n'est pas en opposition avec le droit international. Dans l'ensemble nos règlements de police et de douane sont appliqués aux contrebandiers avec une bienveillance certaine mais que l'on ne peut qualifier de complaisance. La contrebande a apporté une richesse inespérée au budget qui a pu réaliser des grands travaux ».

Que dire de ces morutiers de l'archipel qui « ont toujours -histoire de faire bonne figure- lignes, filets et paniers à portée de main, mais, qu'on ne s'y trompe pas, leurs fûts amarrés sur le pont renferment bien, dissimulé sous une couche de poissons, le précieux breuvage ! » (page 160) ? A ben dame ! Nous voici avec des goëlettes chargées d'alcool utilisant des filets en lieu et place de lignes de fond ! A croire que sans TSF, en attendant un hypothétique rendez-vous avec un client américain, les pêcheurs trompaient l'ennui en pêchant quelques morues entre deux parties de belote, histoire de camoufler leur véritable activité. « Ho, Marius », c'est du très mauvais Pagnol !

Que dire du « canotier offert par le plus célèbre des gangsters (dont...) une petite minorité d'autochtones, qui ne sont pas fiers de ce passé, garantissent qu'il n'est jamais venu ». ? Pourquoi, serions-nous « fiers » ou pas de ce passé ? Qui peut garantir que ce mafieux soit venu ici ou non ? Ce temps fait partie de notre histoire : je ne connaît nul autochtone qui le renie. Si cela se trouve, une centaine de canotiers que l'on affirme avoir été portés ou donnés par Capone sont présentés de par le Monde. Je suggère aux propriétaires du bar « Le Joinville » à Saint-Pierre de se procurer un vieux bicorne, de le mettre dans une montre avec un portrait du prince de Joinville accroché au-dessus et de laisser planer le doute sur son origine. Au fil du temps, il ne manquera pas de benêts pour croire qu'il en était le légitime propriétaire et qu'il en a fait cadeau lors de son passage (bien réel celui-ci) dans l'archipel.

Ah, la belle époque que celle de la Prohibition ! Abâtardis que nous étions, nous avons eu l'opportunité de voir apparaître ici « Les jolies filles de Terre-Neuve, d'origines irlandaises (…) Elles s'y précipitent » comme des choses à vendre, « pour épouser les riches garçons de Saint-Pierre, léguant un peu de rousseur aux descendants. Et donc, contribuant, grâce à leurs gènes, au renouvellement et à la mixité de la population ». (page 163). « Chayayaye ! », dirait le grand-père Mahé, « Coup de pied là-dedans ! ». Pour les non initiés : Pfff ! Cela mériterait un bon coup de socque dans l'oignon !

La présence des Coast-guards américains à proximité de l'archipel.

A la requête du gouvernement américain, l'ambassade de France à Washington avait demandé que lui soit signalés les mouvements du port de Saint-Pierre, dans le but, bien évidemment, de contrôler les navires partant vers ses côtes et se livrant à la contrebande d'alcool. Le gouverneur local tergiversa, en rendit compte au ministère et fit connaître en retour à notre ambassadeur que les mouvements étaient publiés au Journal officiel de la colonie et donc librement consultables. Trois ans avant l'inspection Gayet, reprenons le télégramme envoyé par le Ministère des Colonies au gouverneur le 24 juin 1927 : « Transmettre demande Etats Unis relative liste tous navires ayant touché Saint-Pierre depuis début année. Signale diplomatie inconvénients fournir de semblables renseignements. Envoyez néanmoins par poste (Note : voie lente donc) pour éviter reproches Etats-Unis entraver répression fraude rapport donnant si c'est possible indications demandées. » Ponctuellement, le gouverneur répondra à des demandes précises sur les entrées ou les sorties de bâtiments dûment identifiés par les autorités américaines,... avec quelques semaines de retard. En attendant cette collaboration, est-ce la raison pour laquelle des navires douaniers de l'Oncle Sam vinrent patrouiller au large de Saint-Pierre et Miquelon ? Probable. Cependant cette présence indésirable dans ce secteur ne fut rapportée qu'à une seule époque : pas en mai ni en juin, mais à la mi-juillet 1927 ! Allez donc nous faire croire que les Américains recherchaient l'épave de l'avion qu'ils y auraient abattu deux mois après coup ! On laisse aussi planer le même doute sur la raison de la présence d'un autre garde-côtes américain au large de Miquelon en septembre 1927. Miquelon n'est pas Galantry, tout en sachant déjà (page 222) que par « un télégramme à en-tête des coast-guards daté du 18 août 1927 » on annoncerait la découverte d'une paire d'ailes d'avion pouvant correspondre à l'Oiseau Blanc « au sud de Boston, à 800 kilomètres de l'archipel français ».

Ces patrouilles au large de Saint-Pierre feront l'objet d'un télégramme codé, envoyé par Bensch au ministère le 17 juillet 1927 sous le n° 72. Si quelqu'un en a la traduction, merci de la faire connaître : « Aeriginabo Vocolchiate Salicale Charag Choixior Ahogadizas Cantoniera Scomodo Racrucible Waclena Clog Wacrismara Voconsegna STOP Comazas Colchiate General lave Fachiodi Collazo Butterfly Cratibus Wacirsaca STOP Corcheaba Cizanero Xacaucalis Wacrucible STOP Wacupisco Cargamon Cinten Cocherem STOP Chiodone Scutator Macuocevo Corrumpo Ciotola. Signé : Bensch ».

Qu'est-ce qui nous fait penser que ce message indique la présence des gardes-côtes dans les parages ? Le télégramme du 28 juillet suivant, envoyé par le gouverneur à Paris : « Suite 72. Cinq gardes-côtes stationnent toujours autour Saint-Pierre. Brume intense a gêné leur surveillance... » Le message daté du 7 août indique que tout est rentré dans l'ordre : « ...Tous gardes-côtes américains partis... ». En réponse au télégramme chiffré 72 du 17 juillet, le ministère avait déjà répondu le 19 juillet par code : « Connectant coador xacorrogam concursar acacoco wacummim ceretta cretam cent daconviero commund confoedo condyloide chora crematuros clepses cornido wacozzaste wacorrega clog cadidam cabalizada clinati ». Vu la suite des évènements, on pourrait penser (j'utilise le conditionnel, car ce n'est pas prouvé), que le premier message télégraphique (72) informe le ministère de la présence des gardes-côtes amerloques au large de Saint-Pierre et que la réponse pourrait contenir des éléments indiquant que le navire de la Marine nationale, la « Ville d'Ys », viendrait faire un petit tour dans le secteur, histoire de montrer le pavillon français et défendre ses intérêts.

On a pu remarquer en même temps que la présence des gardes-côtes américains, au large de Saint-Pierre, « la présence d'une bouée surmontée d'une flamme rouge (…) Pourquoi les Américains font-ils flotter un tel objet ? Quel intérêt ces intrus ont-ils à marquer ainsi l'océan . On n'a jamais vu de bouée servant à épier les bootleggers ! Et si c'était la localisation de l'amerrissage fatal, la zone où les Américains ont mené des recherches pour recueillir en catimini l'épave de Nungesser et Coli ? ». (page 215). Et, si cette marque a vraiment existé, si c'était tout simplement un point mouillé par eux pour éviter d'intervenir dans nos eaux territoriales ou tout bonnement une bouée de balisage d'un haut-fond de nos côtes posée par nos agents des phares et balises en remplacement d'une fixe ayant été retirée pour être nettoyée, ou étant partie en dérive ?

Et on remet çà : les archives américaines rapporteraient des exercices de tir dans la région à cette époque et tout de suite il faut en conclure à la bavure : les gardes-côtes auraient pris l'Oiseau blanc pour un contrebandier. C'est du grand n'importe quoi ! Exercice de tir ? C'est très possible. Même la marine nationale française procédait à ce genre de manoeuvres dans le secteur, en tirant sur des icebergs ou de vieilles barriques par exemple. Ce type d'entraînement sera finalement reconnu dans « l'Enquête » pages 216-217 lorsqu'il est dit qu'à la suite du naufrage du « Titanic » les vaisseaux de la « Ice Patrol » décaniquaient les icebergs à coups de canon pour éviter qu'ils ne représentent un trop grand danger pour la navigation.

« Nous pensons que Monsieur le gouverneur a fait une très mauvaise interprétation des événements. Il a péché par naïveté. Ces bâtiments, débarquant en force durant deux mois, n'étaient pas tous là pour faire reculer la prohibition comme il le croit. Certains étaient probablement mandatés pour tenter de récupérer les ultimes traces de l'Oiseau blanc. Si c'est le cas, ils ont bien caché leur jeu. Car Emile Bensch ne s'en est jamais douté une seconde. Il faut dire aussi, sans vouloir lui manquer de respect, qu'il n'appartenait pas non plus à l'élite de l'élite de la nation. » (pages 218-219). Pas deux mois de présence de garde-côtes, trois semaines (consécutives ?) en juillet-août et une apparition furtive d'un jour à Miquelon en septembre... Quant à l'interprétation des qualités de Bensch, il est vrai que la Métropole ne nous a pas toujours envoyé ses élites, officiels ou pas.

TROISIEME PARTIE

Le « témoignage-clé », de Gabriel Briant « dit Gaby »

...et pour reprendre la formule latine (page 112) « testis unus testis nullus », traduisons, « un témoin unique est un témoin sans valeur ». Le témoignage de Lechevallier vient d'être détruit. Passons donc à celui de Briant, « qui a le mérite de -bétonner- ses déclarations ». A une « poignée de milles à l'est » du doris de Lechevallier se trouve la goëlette l'Armistice, encalminée. » (Note : donc dans les parages de la péninsule de Burin). Cette « vieille goëlette » dit-on d'abord avant de corriger en parlant plus exactement d'un trois-mâts, était partie soixante-trois jours plus tôt de Granville, chargé à barrotter de boissons qui transiteraient par Saint-Pierre avant d'être livrées à l'Amérique sèche. « Le 9 mai, vers 9 h 15, en direction du large, un violent bruit se produit. Ce n'est pas un bruit qu'habituellement on entend sur la mer : bruit provenant du combat d'un espadon avec une baleine, baleine frappant l'eau avec sa queue, orque sortant de l'eau à la verticale et se laissant tomber à plat sur la mer, lame d'étrave d'un vapeur... » C'est tout ? Et c'est Briant, un simple novice qui parle comme un vieux loup de mer, habitué à ce genre de phénomènes ? D'un château de sable que la mer s'apprête à emporter on veut faire une forteresse de béton ! Bon sang, faut arrêter de nous prendre pour des lapins de trois semaines !

« L'Armistice », capitaine Plessix, soit-disant encalminée au large de la péninsule de Burin à Terre-Neuve est entrée au port de Saint-Pierre le 6 juin 1927, près d'un mois plus tard. Avouons que ça fait long pour une si courte distance, sachant les vents qui régnaient dans la région. A la rame, deux simples pêcheurs auraient mené leur doris en moins de 24 heures sur ce trajet. Disons aussi qu'en ce printemps de 1927, le navire ne venait pas de Granville mais de Cadix et qu'il ne transportait pas de boissons, mais du sel servant à la conservation du poisson. Bon, gobons encore une fois et livrons-nous à l'examen du rôle d'équipage de « L'Armistice » : le capitaine est bien Plessix, mais pas de Gabriel Briant à bord, pas même comme passager clandestin ! En 1927, pas de trace de cet énergumène dans les listes des mouvements des marins des quartiers métropolitains ayant fait escale ou navigué à Saint-Pierre-et Miquelon ! Faut-il encore concéder ce petit détail ?

Ce gargouillou de Gaby Briant a-t-il jamais navigué sur « L'Armistice » ? N'a-t-il pas effectué une traversée de deux mois entre Granville et Saint-Pierre ? Etait-il baudry à ce point ? Non, il n'était pas menteur à ce point : il a fait un voyage sur « L'Armistice ». Sa traversée entre Granville et Saint-Pierre a duré près de deux mois, cinquante-trois jours en fait..

Ses glorieux presque deux mois de traversée sont accrédités à partir d'un autre document : un rapport de mer déposé au greffe du Tribunal de Première Instance de Saint-Pierre et Miquelon, qui permettrait le cas échéant de couvrir la responsabilité du capitaine ou de ses armateurs auprès des assureurs si des avaries étaient constatées au navire ou à la cargaison. Le voici in-extenso :

« Je soussigné Plessix, Charles, capitaine du trois-mâts Armistice jaugeant 188 tonneaux armé à Granville, l'équipage se composant de huit hommes appartenant à la Société des Pêcheries de France, déclare :
Avoir quitté Granville le 26 avril (Note : je supprime l'année pour le suspens) à 11 heures du matin à destination de Saint-Pierre & Miquelon avec un complet chargement de marchandises diverses. Le navire en parfait état de navigabilité, les pompes bien franches, muni de tout le matériel de rechange nécessaire.
Du 16 au 20 avril, vents variables en force et direction dominant de la partie Est.
Du 20 avril au matin au 22, essuyé à la cape un coup de vent de NE à l'Est d'une grande violence, la mer est très grosse, le navire donne des coups d'acculage formidables qui le fatiguent énormément et la pompe accuse de 14 à 15 minutes d'eau dans certains quarts. Le temps embellit dans la nuit du 21 au 22 et nous relevons la cape dans la matinée du 22.
Jusqu'au 28 avril, vents variables en force et direction en général de l'Est à l'Ouest par le Nord. Du 28 au 29 avril, un coup de vent excessivement violent de la partie Nord. Le navire et le gréement fatiguent beaucoup. Au cours d'une visite dans les soutes arrières, constate l'existence d'une petite voie d'eau autour de la louve du gouvernail. Les formes du bateau ne permettant pas d'y remédier.
Du 29 au 15 mai vents variables en force et direction de NW au SW par l'Ouest.
Du 15 au 17 mai, le temps devient mauvais et à grains de pluie, grêle et vent très violents du NNW au WSW par l'W, la mer est très grosse et le navire fatigue beaucoup. La voie d'eau ne semble pas augmenter mais la pompe accuse jusqu'à 32 minutes d'eau par quart. Le 16 à midi 30 un très fort paquet de mer embarque par le travers à tribord et écrase le doris saisi sur le petit panneau, à 14 heures la vis du gouvernail se déboite de son palier AR, mis en cape pour réparation de fortune, termine le 17 au matin et fait route à 10 heures.
Du 18 au 24 mai, vents variables en force et direction du SW au NW par l'W, mer houleuse. Dans la soirée du 21 le temps devient mauvais, de nombreux paquets de mer embarquent et le navire donne de violents coups d'acculage. Au cours d'une ronde dans les soutes AR constate que la voute à tribord se soulage au coup d'acculage de 1 à 5 centimètres et qu'une autre voie d'eau s'est déclarée par tribord AR. Fait un calage entre les aiguilles portées par la barre d'arcasse et un barreau du pont avec des bouts de bordé et des coins. Plusieurs coutures font eau mais il ne peut y être remédié vu les formes de l'arrière. Visite du calage à tous les quarts.
Le 23 au cours d'une ronde à l'AR constate que les voies d'eau ont pris une importance sérieuse par suite des violents coups d'acculage que donne le navire à chaque instant. Craignant que la situation ne devienne subitement dangereuse je décidai immédiatement d'alléger l'arrière du navire chargé en lourd par 60 tonnes de charbon. A 22 heures après avoir défoncé la cloison séparant les soutes AR de la cale, commence le transfert d'environ 7000 kilogs de charbon de l'AR dans le gaviau du poste de l'équipage. Termine le lendemain 24 à 14h30. Pompe toutes les heures de 10 à 15 minutes. Après cette opériation constate qu'il vient beaucoup moins d'eau, le navire ayant tombé sur nez et le tangage est beaucoup plus doux.
Du 25 mai au 2 juin, rien de particulier (vents de NW à l »W). Le 3 à 7h30 le paquebot « Ile de France » nous signale comme G.46o44W. A 15h15 signale au paquebot « Cleveland » de Hambourg que tout allait bien à bord.
Le 6 juin rencontre de 5 heures du matin à 16h25, 10 icebergs dont 8 très volumineux, position approchée L-42 44, 8NG-48 36, 2W. Du 7 au 12, vents de force et de direction variables (E à W par le Sud).
Le 13 à 7h30, aperçu les îles Saint-Pierre & Miquelon au N22E à environ 15 ou 18 miles. Du 14 au 15, louvoyé dans l'Ouest des îles, brume assez épaisse.
Le 19 à 9 heures, recueilli un matelot du navire portugais « Ilhaveusse-2 » (sic) en dérive depuis 5 jours. Le 16 même temps, à 8 heures, prié un patrouilleur anglais de nous signaler à Saint-Pierre. A 20h50, entendu et relevé Galantry au N30W. Le 17 à 9h20 le pilote monte à bord, manoeuvre sur ses indications et mouillé en rade de Saint-Pierre à 10h30. A 14 heures, un remorqueur vient nous prendre et avec l'assistance du pilote nous entrons au Barachois où nous terminons l'amarrage à 15 heures.
En raison des avaries constatées et de la grande fatigue éprouvée par le navire, je fais dès maintenant toutes réserves quant aux avaries qui pourraient ultérieurement être constatées tant au navire qu'à la cargaison.
Tel est mon rapport que je certifie sincère et véritable, me réservant le droit de l'amplifier si beoin est.
Bord, Saint-Pierre & Miquelon, le 17 juin 1929. »

Non-non, ce n'est pas une faute de frappe : mil neuf cent vingt-neuf. Il s'agit bien de la traversée effectuée par Gabriel Alphonse Briant sur « L'Armistice », DEUX ANS après la tentative de l'Oiseau Blanc. Cet inscrit provisoire à Granville sous le n°8, embarqua le 4 avril 1929 et débarqua à Saint-Pierre le 30 juillet de la même année. S'il fallait s'appuyer sur un autre type de document pour constater l'absence de ce témoin-clé en 1927, il suffira de consulter les listes des mouvements des marins des quartiers métropolitains ayant fait escale à Saint-Pierre : pas de Gaby Briant, ni en 1927, ni en 1928. Seulement en 1929.

Gabriel Briant, témoin-clé n° 2 ? Non, pas témoin-clé. J'y vois plutôt un clown, grande gueule voulant s'auréoler : « Moi aussi, j'ai fait Terre-Neuve... On a mis deux mois à aller là-bas... » et le bouquet final : « J'ai entendu l'Oiseau Blanc... ». Extrapolerions-nous beaucoup en disant que, les sangs tournés par cette dure traversée, il se fait débarquer à Saint-Pierre, de peur d'affronter l'océan au retour ? Les marins n'avaient rien à prouver lit-on dans « L'enquête vérité » : « Eux, ce qui les intéressait, c'était les faits, rien que les faits ». Les marins n'avaient rien à prouver non, mais il ne manquait (et il ne manque toujours pas) pas de fabulateurs voulant dorer un blason qu'ils ne méritaient pas. Reprenons donc la locution de « L'Enquête » : « testis unus testis nullus ». Alors là, c'est « testis nullus » à bloc !

Epaves d'avion récupérées sur nos côtes.

Le Journal local « Foyer Paroissial » (édition de mars-avril 1928), dont on peut lire la version numérisée sur le site de L'Arche (Musée et Archives de la Collectivité Territoriale), indique en effet deux découvertes de débris effectuées sur le rivage de Miquelon et de Langlade. « S'agit-il d'un avion ? Le mardi, 6 mars, une commission est partie de Saint-Pierre par le Dangeac pour faire sur place une enquête au sujet d'une épave charriée par la mer sur la côte de Langlade et recueillie par M. Capendéguy dans l'anse du ruisseau Debon. Cette épave -bois léger recouvert d'une toile qui devait être probablement de teinte bleu-ciel- mesure environ 1 m 60. On pense qu'il s'agit d'un morceau de carlingue d'avion. Nous apprenons qu'une épave de même nature a été trouvée à Miquelon. Par ordre de M. le Gouverneur, ces débris ont été ramenés à Saint-Pierre, puis confiés au vapeur Skipper pour être envoyés aux Etats-Unis. Là sera continuée l'enquête afin de découvrir, si possible, le constructeur de l'appareil, ce qui permettrait d'avoir la solution à l'énigme. »

Pourquoi avoir envoyé sur le proche continent des éléments qui pourraient, pourquoi pas, avoir appartenu à l'Oiseau Blanc, disparu près d'un an plus tôt ? Eh bien parce qu'on ne croit pas qu'il s'agisse de débris lui appartenant. On pense à un aéronef de la région. Le bruit et la rumeur enflent d'ailleurs : d'un bout d'épave de 160 cm, une quantité incroyable d'éléments aurait été récupérée. Ce choix de l'expédition des débris vers l'Amérique nous est révélé par un échange de courrier entre le gouverneur local et le consul français Gaboury à Halifax :

⁃ de Consul à Gouverneur, Halifax, 8 mars 1928 : « Le bruit court ici annonçant que sept cents vis ont été enlevées d'un aéroplane trouvé par un indigène de Langlade (...). Réponse confirmation immédiate serait appréciée.
⁃ Du même au même, Halifax, 23 mars 1928 : « Three airmen contend parts received are possibly remains of seaplane float with insufficient indications to verify same entirely professor Munro technical college contends it may be remains of Dawn lost last falls will you allow me to send parts over to american Consul here so that there can be sent to manufacturer of Dawn asking him to report. Fully to you contents of inquiry. »
⁃ (NDLR). “Trois aviateurs prétendent qu’il est fort probable et sans pouvoir le confirmer a 100% faute d’indices précis pour le vérifier, que les pièces reçues proviennent d’un flotteur d’hydravion (stop) Le professeur Munro du collège technique postule qu’il pourrait s’agir de morceaux du « Dawn » qui a disparu a l’automne dernier (stop) Me donnerez-vous l’autorisation de faire suivre ces pièces au Consulat américain ici afin de les envoyer a la manufacture Dawn pour les examiner et soumettre un rapport complet qui vous sera remis dans son intégralité pour clore l’investigation. «

L'organisation des recherches sur place.

Toujours selon Ben et Mongaillard : « L'enquête sur place s'est faite au minima. Le 13 mai, soit quatre jours après le crash de l'Oiseau blanc, l'administration locale envoie le remorqueur « Dangeac » explorer la côte sud de Terre-Neuve ». Au passage, on essaie de nous faire gober que ce remorqueur « est passé du côté de la pointe de Galantry, là où l'Oiseau blanc s'est vraisemblablement abîmé » (page 170). Pourquoi là et pas ailleurs ? Dans la baie, dans l'ouest de Miquelon ou Langlade ? En vérité, il n'y a aucune raison pour que le remorqueur passe dans l'un de ces secteurs puisqu'aucun témoignage n'est rapporté, sur la vision ou le bruit d'un aéroplane dans une seule de ces zones.

Qu'est-ce que ce « minima » ? Pour la première fois, le 12 mai, le gouverneur du territoire a envoyé à Paris un télégramme indiquant que « Semble établi avion Nungesser a survolé lundi matin Harbour Grace, Baie Conception. J'envoie remorqueur explorer Baie de Plaisance ». Le consul de France à Terre-Neuve télégraphie le 13 mai : « Gouvernement me signale d'après information reçue magistrat Harbour Breton que son moteur aéroplane y aurait été entendu Lundi. Si le croyez utile navire recherchant aviateurs Placentia bay pourrait être invité étendre investigations Fortune bay. » Tout un échange de missives s'ensuivront entre les deux interlocuteurs : les régions Fortune Bay et Hermitage Bay seront explorées par le Dangeac. Les receveurs des Douanes de l'ensemble de ces zones seront invités par leurs autorités à se livrer à des recherches et à assister le Dangeac en cas de besoin... Entre-temps, le 16 mai 1927, le gouverneur Bensch fait parvenir le télégramme suivant à Havas New-York : « Renseignements rapportés par remorqueur Dangeac habitant Swift Current extrémité Nord Ouest baie Plaisance chassant 13 milles ouest a entendu avion lundi 9 mai vers 6 heures du soir. Renseignements laissent redouter atterrissage territoire Nord Fortune bay. » Vous lisez bien, pas à 8 ou 9 heures du matin, mais bien à 18 heures... Erreur de frappe au moment de la rédaction de la missive ? C'est possible. Le télégramme de Bensch au Consul général de France à Montréal du 23 mai 1927 reprend ce témoignage sans pour autant confirmer l'heure : « Prière donner gouvernement canadien renseignements suivants : « Remorqueur envoyé par Gouverneur Saint-Pierre a exploré côte sud de Terre-Neuve. Passage avion signalé 9 mai Harbour Grace et 13 milles ouest de extrémité nord baie Placentia. Région Ermitage bay, Despaire bay aucune trace passage. Recherches paraissent devoir circonscrire Nord Fortune bay. » Le navire a également prospecté dans ce secteur, ainsi que le mentionne le télégramme du consul à St-Jean au gouverneur, du 25 mai : « Recherches navire Dangeac nord Fortune bay et des autorités terre-neuviennes côte sud infructueuses ». Il ne fait pas de doute qu'avec un tel déploiement d'enquêteurs maritimes ou terrestres, les témoins visuels ou auditifs du passage d'un aéroplane depuis Harbour Grace jusqu'à l'extrémité de la péninsule de Burin se seraient manifestés en grand nombre. L'avion s'est-il dirigé vers la mer et du coup on ne comprend pas que des pêcheurs côtiers terre-neuviens n'aient pas rapporté de témoignage. S'est-il enfoncé dans les terres, non peuplées et passant ainsi inaperçu ?

Quelque temps plus tard, le 13 juin, l'hydravion « Jeanne d'Arc » amerrit dans le barachois, à la recherche des infortunés aviateurs. C'est un événement qui créé une véritable sensation car un aéroplane, rapporte le journal Foyer Paroissial, était « jusqu'ici inconnu à Saint-Pierre ». Cette nouveauté, cette primeur, bien réelle est pourtant controversée, sans aucune preuve, dans « l'Enquête vérité », page 169 : « Avant ça la rade de Saint-Pierre n'avait jamais vu d'engins volants d'aussi près, hormis ceux, très discrets, des bootleggers et des garde-côtes américains ».


SUITE ET FIN BIENTÔT...

R.G.


QUATRIEME ET DERNIERE PARTIE

Les rumeurs.

Il y en aura d'autres :

Courrier de Chanot, gouverneur par intérim au consul de France à St-Jean de Terre-Neuve, 29 septembre 1932 : « J'ai l'honneur de vous faire connaître qu'il m'est parvenu, par l'intermédiaire d'un marin Saint-Pierrais, que des trappeurs auraient découvert sur la haute montagne de Terre-Neuve dans les parages de la baie du Goland les restes d'un avion et de ses deux occupants que l'on prétend être ceux des pilotes Nungesser et Coli. La police de Corner Brook se serait, paraît-il, rendue sur les lieux. En portant cette information à votre connaissance, je vous serais très obligé de bien vouloir me faire connaître ce qu'il en est. »

En retour, le consul affirme : « En réponse à votre lettre du 29 septembre de ce mois, j'ai l'honneur de vous faire savoir que l'information relative à la découverte sur la haute montagne de Terre-Neuve, dans les parages de la baie de Goland, des restes d'un avion et de ses deux occupants que l'on prétend être ceux des pilotes Nungesser et Coli, est dénuée de fondement. Le chef de la Police de Terre-Neuve -qui a également eu connaissance de ce bruit- a immédiatement demandé des précisions à son agent le plus rapproché de la localité en question. Ce dernier a répondu que la nouvelle était complètement fausse : aucun débris d'avion ni cadavres n'avaient été trouvés. Si la nouvelle avait été exacte, je n'aurai, d'ailleurs, pas manqué de la communiquer aussitôt que possible directement à Paris ».

Cette prétendue découverte arrive même aux oreilles de nos plus hauts dirigeants car par courrier du ministre des colonies à l'Administrateur du territoire du 13 mars 1933, ce membre du gouvernement réclame des détails : « Le ministre de l'Air, par dépêche en date du 5 mars 1933, m'adresse la copie d'une lettre de Monsieur Jean Aicardi, rédacteur en chef de la Tribune Marseillaise faisant part de la découverte, à Terre-Neuve, des débris d'un appareil d'aviation près desquels gisaient deux squelettes humains. Par ailleurs, il résulte de ce même document que d'après des gens avertis de Saint-Pierre et Miquelon, ces squelettes pourraient bien être les restes des aviateurs Nungesser et Coli disparus en mai 1927. J'ai l'honneur de vous demander de vouloir bien procéder à une enquête discrète, en vue de vérifier l'exactitude de ces renseignements et de me faire part, le plus tôt possible, des renseignements que vous aurez obtenus. ».

Caoën Dios, qui était cet Aicardi et quel était le contenu de son courrier ? Voici la copie de la lettre qu'il adressa au Ministre le 19 février 1933 : « Il y a quelque temps, connaissant les liens d'amitié qui m'unissaient au regretté François Coli, un navigateur marseillais venant de faire un assez long séjour à Terre-Neuve et Saint-Pierre et Miquelon, me faisait une révélation plutôt sensationnelle : deux bûcherons terre-neuviens (Note : ce ne sont plus des trappeurs) étant allés faire une coupe de bois dans les parages montagneux de la côte ouest de l'île ne furent pas peu surpris de découvrir en ces lieux déserts et éloignés de toute agglomération -même de tout chemin praticable- les débris calcinés ou rouillés d'un avion ; non loin du moteur oxydé gisaient deux squelettes. Ces deux bûcherons en rentrant au village, informèrent de leur trouvaille le représentant de l'autorité locale mais celui-ci n'y attacha si peu d'importance, qu'aucune visite ni enquête officielle ne suivit la découverte faite par les deux Terre-Neuviens. Mais, comme à Saint-Pierre et Miquelon, la nouvelle ne manqua pas d'attirer l'attention des gens avertis et, d'après ceux-ci, l'avion en question serait le « Levasseur » parti du Bourget le 8 mai 1927 à 5h21 du matin à destination de New-York et les deux squelettes ne seraient autres que ceux des héroïques Nungesser et Coli. Avant de tenter toute démarche officielle, j'ai avisé « confidentiellement » M. L. Levasseur, constructeur de l'appareil, qui m'a répondu : « J'ai lu avec un intérêt tout particulier la révélation que vous m'avez faite ; j'y crois d'autant plus que j'ai toujours été persuadé que Nungesser et Coli avaient franchi l'Atlantique. J'estime qu'il faudrait par tous les moyens obtenir des détails sur l'avion dévouvert à l'endroit que vous indiquez et suis prêt à intervenir avec vous pour solliciter auprès des pouvoirs publics l'aide et l'assistance nécessaires ». Depuis, l'hiver est arrivé et il ne fallait guère songer en cette époque à tenter un voyage à Terre-Neuve. D'autre part, M. Levasseur à la suite d'une grave maladie a dû se rendre en convalescence dans les Alpes Maritimes, mais il m'a prié de le tenir au courant de ce que je pourrais faire dans le but d'établir si l'avion trouvé à Terre-Neuve est bien l'appareil français qui le premier a tenté et qui le premier aurait réussi la traversée de l'Atlantique. Actuellement, nous approchons de la fin de l'hiver : le mois prochain ce sera là-bas le dégel et en avril seront possibles dans cette contrée boisée mais désertique, les recherches nécessaires. Mais, malgré que mon navigateur connaisse parfaitement ces parages, j'estime qu'un appui officiel et les facilités nécessaires nous seraient indispensables pour nous aider dans notre tâche. Et c'est cet appui et ces facilités, Monsieur le Ministre, que j'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance. Désirant, sur sa demande légitime, réserver au marin qui m'a apporté la nouvelle le bénéfice matériel de sa révélation, s'il y en a un, car on lui a parlé d'une prime possible, je n'ai parlé à personne autre que M. Levasseur de la découverte faite à Terre-Neuve. Personnellement, je ne prétends qu'au bénéfice moral de la mission, si vous voulez bien me charger de cette dernière, car au double titre d'ami du regretté Coli et de journaliste, je serais heureux, en retrouvant ce qui peut rester de l'appareil et de ses héroïques pilotes, de prouver que Nungesser et Coli ont bien été les premiers pilotes qui ont franchi l'Atlantique. Je n'ai pas divulgué la nouvelle, mais je suppose qu'il vous sera facile, Monsieur le Ministre, de faire faire préalablement une enquête discrète à Saint-Pierre et Miquelon, peut-être même à Terre-Neuve même, et pour la suite à donner à la mission que je sollicite, je demeure avec mon navigateur, à votre entière disposition. »
Signé (Note : encore texto le titre à rallonge) : « J. Aicardi, Chevalier de la Légion d'honneur, Rédacteur du « Petit Marseillais », Secrétaire général de la Fédération départementale des Anciens Combattants Républicains (à laquelle appartenait François Coli), Villa Monte Christo, Traverse Nicolas, Marseille. ».

Bon, prestige de la Nation oblige, le ministre Sarrault câble le 28 mars 1933 à l'Administrateur de l'archipel : « Suite à ma dépêche n° 251 1/A du 13 mars Air signalant d'après des renseignements presse existence Terre-Neuve débris avion squelettes humains supposés suivant gens avertis Saint-Pierre être ceux Nungesser-Coli je vous prie de faire une enquête et câblez renseignements. » Dès le lendemain, l'adjudant Rude, notre commandant de gendarmerie, rend son rapport à l'Aministrateur : « … J'ai l'honneur de vous faire connaître que selon les dires encores inprécis de Formoso (Note : navigateur d'Aicardi) et de son camarade Champdoiseau, ceci des renseignements qui leur ont été fournis par un hôtelier de Humbermouth et dont ils n'ont malheureusement retenu le nom, qu'il avait été découvert par un bûcheron entre Corner Brook et Humbermouth, sur le flanc d'une montagne, à un endroit actuellement marqué, les débris d'un avion dit-on français, autour duquel gisaient deux cadavres à l'état de squelettes. Ces nouvelles ont, affirme Formoso, fait l'objet d'articles sur les journaux de Terre-Neuve à cette époque ; c'est-à-dire en septembre 1932, jusqu'à indiquer que l'avion brisé et les cadavres n'étaient autres que l'appareil et les corps des aviateurs français Nungesser et Coli. Les intéressés dont la profession ne pouvait leur permettre de visiter sans se faire remarquer (Note : trafic de spiritueux sans doute) se sont abstenus ; mais, n'en ont pas moins repéré le point ainsi que l'indique la carte appartenant à Formoso (ci-jointe). (Note : copie de la carte n'est pas jointe à cette correspondance car transmise au Ministre, donc possiblement accessible outre-Atlantique). Ce dernier affirme pouvoir reconnaître le point ainsi marqué (côté droit de la voie ferrée -direction de Port aux Basques-St-Jean de Terre-Neuve). Sans toutefois prendre trop au sérieux ces renseignements, lesquels varient avec ceux communiqués en septembre 32 par Pierre Lavissière, aujourd'hui au Canada, j'estime que, si débris d'avion et corps il y a, qu'une inspection des lieux s'impose en vue d'éliminer les doutes qui, sans cesse planent sur cette tragique mais héroïque traversée et sur le sort de nos intrépides et vaillants aviateurs. »

En exécution des ordres du Ministre, le gouverneur de la colonie avait également communiqué avec le consul de France à St-Jean de Terre-Neuve : « Consul de France répondit nouvelle dénuée de tout fondement... » Dans ce cas précis, oui, peut-être Omerta. Et, même si deux bûcherons ont rapporté cette prétendue découverte, les habitants de cette région de Terre-Neuve avaient-ils intérêt à voir la police terre-neuvienne venir rôder dans les environs si un trafic d'alcool était organisé dans le secteur ? Non, au risque de voir mis à jour des caches ou ce fameux commerce d'importation illicite. Des débris d'avion ? Pas vu, pas entendu parler : plaisanterie de mauvais goût ! L'officier enquêteur aurait-il eu besoin ou envie d'aller randonner après ces dénégations ? L'a-t-il fait ? Là est une autre question.

« Il est urgent de bouleverser l'Histoire, de la réécrire sans la trahir », nous dit encore l'enquête vérité. L'Histoire a été réécrite et trahie. Pour résumer, comme déjà dit précédemment, le 9 mai 1927, à Saint-Pierre, le temps était clair, le vent était de 30 noeuds de noroît et il est plus qu'envisageable qu'aucun doris n'est sorti en pêche. « Notre cher Pierre-Marie Le Chevallier » (page 176) et Briant étaient deux fabulateurs. Nous n'étions pas des dégénérés sans foi ni loi.

Nungesser et Coli se sont-ils abîmés au large de notre archipel, dans un étang ou sur le flanc d'une montagne à Terre-Neuve ? Je suis navré de ne pouvoir apporter aucune preuve tangible de la réussite de cette entreprise. Je l'aurais ardemment souhaité quoique j'aurais préféré que l'on retrouve l'épave du chalutier « Ravenel », taut autant que « les autorités et (…) la population, surtout les anciens. Les octogénaires, nonagénaires et même centenaires qui mettent encore de la bonne humeur à la maison de retraite de Saint-Pierre ». (page 114). Voilà donc mon son de bourdon, à défaut de glas.


Coiffé de son canotier, la devise que l'on dit préférée d'Al Capone, était « Dead men tell no tales ». Les morts ne parlent pas. Il avait tort. Pour qualifier cette « Enquête vérité », disons que ce n'est qu'une enquête mal menée. Quant à être Vérité, c'est tout autre chose. « Il n'y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas » se plaît à répéter Ben. C'est vrai, mais il n'y a aussi que ceux qui ne mentent pas qui ne trompent pas. En conclusion, c'est une espèce de roman, un script-fiction dont on appréciera les bases historiques à leur juste valeur. On a accusé le gouverneur Bensch d'avoir « pêché par naïveté » : qu'en est-il des auteurs du bouquin, quelles que soient leurs intentions ? Reprenons enfin pour conclure deux passages de l'ouvrage :

« Peu importe que les hypothèses remises à de multiples occasions sur le tapis soient non crédibles, farfelues et même fantastiques pourvu que la presse les reprenne... ».
« Abracadabrantes rumeurs (…) Gare au cercle vicieux. Car l'invention des uns inspire les mensonges des autres, tristes déviations de l'esprit humain ».


RODRIGUE GIRARDIN


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